Les risques naturels et industriels dans les Yvelines
Nous souhaitons arriver au risque Zéro. Oui mais voilà, la nature et l'industrialisation se prêtent mal à un contrôle total. La prise en compte des risques doit passer par la prévention, la protection et l'information. Trois volets pas toujours bien mis en oeuvre comme la catastrophe de Toulouse vient de nous le rappeler. Le point dans les Yvelines et à Orgeval.
Les catastrophes passées à Orgeval (source : DDE).
Notre département est à "risques" : il est traversé par d'importants flux de circulation, a connu un développement urbain énorme, est irrigué par la Seine et accueille des industries lourdes.
1. Identification des risques
1.1 Les risques naturels
Et oui, Dame Nature quoiqu'en pensent certains adeptes d'un retour idéalisé à un ordre "naturel", n'est pas toujours clémente. L'eau, les mouvements de terrain et les incendies de forêt sont là pour nous le rappeler.
1.1.1 L'eau
- Les inondations : La crue historique de la Seine de 1910 est répertoriée dans des cartes remises à jour et concerne les communes limitrophes et donc pas Orgeval. Par contre les crues du Rû en cas de précipitations d'intensité exceptionnelle, dues dans le centre-ville à un dimentionnement insuffisant des buses souterraines, provoquent régulièrement des dommages matériels. Elles peuvent aussi menacer certains accès à la zone commerciale et endommagent les routes qui montent à la Chapelle.
- La pollution des eaux de captage : la station de traitement de Morainvilliers est inondable. Au printemps, elle a rejeté dans le Rû les bactéries utiles au traitement des polluants. Aucun autre incident n'a été relevé récemment. Pour l'instant, les activités agricoles locales n'ont pas entraîné de pollution par les nitrates et autres produits. Par contre, la rupture d'alimentation est toujours possible en cas de rupture d'une canalisation de liaison.
1.1.2 Les mouvements de terrain
- On note la présence d'anciennes carrières souterraines en particulier dans la forêt de l'Hautil interdite en grande partie d'accès pour cette raison. Les effondrements les plus récents ont concerné Chanteloup-les-Vignes (1 mort), Triel-sur-Seine et Guyancourt. Pas de risque identifié à Orgeval.
- Les risques d'éboulement liés aux falaises qui surplombent la Seine et de coulée de boue (un seul incident à Orgeval en décembre 1999).
- Les mouvements de terrain différentiels consécutifs à la sécheresse et à la réhydratation des sols argileux qui ont affecté spécifiquement notre commune entre avril 1989 et décembre 1997.
1.1.3 Les incendies de forêt.
Les essences forestières présentes autour d'Orgeval sont favorables au développement d'incendies. "Heureusement', ça fait bien longtemps que le bilan hydrométrique est suffisant pour les éviter.
1.1.4 Les autres phénomènes climatiques
Orage, grêle, tempête de vent, de neige, verglas, ... dont la survenue et la fréquence sont difficilement prévisibles. La prévention s'est améliorée avec la carte "Vigilance" de Météo France.
1.2 Les risques industriels
Côté pile, sans industrie, point de produit de grande consommation, de confort moderne et ... d'Orgevalscope. Côté face, l'industrie nous fait courir toutes sortes de risques liés aux produits eux-mêmes (explosifs, toxiques, ...);, aux procédés de fabrication (liquide, gaz), aux installations, aux "agressions" extérieures (inondations, séismes, malveillance) et bien sûr au facteur humain (négligence, erreur d'appréciation, méconnaissance, ..). Ce dernier est d'ailleurs la cause de 50% des accidents industriels.
L'accident peut se traduire par un incendie, une explosion, une émission de toxiques (nuage), de projection de liquide enflammée, d'éclatement d'une enveloppe de stockage avec propagation d'une onde de choc, ...
1.2.1 Les installations à risque
Dans les départements des Yvelines, 17 établissements seront soumis à la trop fameuse directive SEVESO II qui devrait bientôt entrer en application :
-10 relevant de la catégorie "seuil haut" (dont les établissements déjà soumis à SEVESO I)
-7 relevant de la catégorie "seuil bas" (dont les sites de stockage de gaz souterrain)
Pour les nouveaux sites qui relèveront de cette Directive, il s'agit principalement d'activités de
stockages de gaz, de liquides inflammables ou d'engrais.
Principales installations à risque (Source : Préfecture des Yvelines) :
| NOM |
COMMUNE |
ACTIVITE |
RISQUES |
| C.I.M. |
Coignières |
Dépôt d'hydrocarbure liquide |
Incendie
Explosion |
| RAFFINERIE DU MIDI |
Coignières |
Dépôt d'hydocarbure liquide |
Incendie
Explosion |
| ELF ANTAR FRANCE |
Gargenville |
Dépôt d'hydrocarbure liquide
Stockage souterrain de G.P.L. |
Incendie
Explosion
Pollution de l'eau |
| DUNLOPILLO |
Mantes-la-Jolie |
Mousse polyuréthane |
Incendie
Emission de gaz toxique |
| SARP-Industries |
Limay |
Traitement de déchets industriels |
Incendie
Explosion
Emission de gaz toxique
Pollution de l'eau
Pollution de l'air |
| AIR LIQUIDE |
Limay |
Acétylène |
Incendie
Explosion |
| AGA |
Porcheville |
Gaz industriels |
Incendie
Explosion |
| E.D.F. |
Porcheville |
Centrale thermique |
Pollution de l'eau
Pollution de l'air
Incendie
Explosion |
| EPITECH |
Follainville-Dennemont |
Epitaxie |
Explosion |
| G.D.F. |
Beynes
St-Illiers-la-Ville |
Stockage souterrain de gaz naturel |
Incendie
Explosion |
Il faut y ajouter les silos susceptibles d'exploser dont les plus proches sont ceux de Maule et Mantes-la-Jolie.
1.2.2 Le transport de matières dangereuses
Le transport est bien entendu facteur de risque.
Pour le fer, les gares d'escale ou de chargement sont à risques (Trappes, ST Germain, Verneuil-Vernouillet). Mais aussi les tunnels et les passages à niveaux.
La navigation fluviale peut poser aussi problème en vallée de Seine. 775.000 tonnes de matières dangereuses (surtout des produits pétroliers) ont transité par là en 1994.
Le transport par gazoduc et oléoduc. Aucun près d'Orgeval.
Mais bien sûr, c'est le transport par route qui doit nous inquiéter avec la proximité de l'A13. 35.000 camions transportant des matières dangereuses sont passés par là en 1995.
2. Prévention
Du Préfet à la DDe en passant par le ministère de l'environnement, de l'Intérieur, des Transports, de l'Industrie, du SPi de la Vallée de Seine, ... de nombreux intervenants se saisissent de la prévention des risques.
La loi du 19 juillet 1976 modifiée définit les mesures de prévention des pollutions et risques technologiques des installations à risque.
Elle est basée sur l'identification préalable des sites et des risques à l'initiative pour l'essentiel des exploitants. Elle s'attache à réduire les risques à la source, à définir des plans de secours interne (par l'exploitant) ou externe (État), la maîtrise de l'urbanisation autour des installations dangereuses et l'information des populations concernées.
L'étude des dangers permettent de définir pour les installations présentant des risques au-delà de leur enceinte les zones de danger : une première Zone Z1 qui correspond à celle dans laquelle un accident aurait des conséquences mortelles pour au moins 1% des personnes présentes. Une seconde zone Z2 qui correspond à la zone d'apparition d'effets irréversibles pour la santé ou de blessures sérieuses pour l'homme.
Ces zones sont portées à la connaissance des Maires concernés qui peuvent définir des zones de protection rapprochée (Zpr) ou éloignée (Zpe) destinées à être inscrites dans les documents d'urbanisme.
Pour les installations à haut risque, les foyers proches situés dans la zone d'application doivent recevoir une plaquette d'information.
La directive Seveso II, actuellement à l'étude au Conseil d'État, accroît les obligations de l'exploitant et surtout le rôle de l'administration; Celle-ci peut prononcer des mesures d'interdiction d'exploitation et considère le stockage comme la mise en oeuvre de substances dangereuses. Il est prévu de recourir à un expert pour l'étude des dangers et la mise en place d'inspections pluriannuelles.
3. Notre analyse
La catastrophe de Toulouse est la preuve que la gestion des risques industriels est tout-à-fait déficiente. L'identification des risques, la définition des plans d'intervention et la mise en conformité sont laissées pour une large part à l'appréciation de l'industriel qui a d'autres chats à fouetter.
L'ancienneté de l'urbanisation proche des installations dangereuses lui confère une antériorité par rapport aux textes ou aux restrictions d'urbanisation. Ainsi, il était prévu d'agrandir l'hôpital psychiatrique Marchant de Toulouse construit en 1859 et situé depuis des années en face de l'usine AZF (300 mètres) en zone non habitable - et qui a été entièrement dévasté.
Les scénarios d'accident en zone urbanisée sont quasi surréalistes par rapport aux risques réels. Les zones considérées comme dangereuses dépassent rarement les limites de l'établissement et presque jamais les 600 mètres. Même en cas de risque d'émission de nuage toxique. A Toulouse, les dégâts ont été importants à plusieurs kilomètres ...
Pire, même quand des recommandations sont émises, elles sont laissées au libre choix des maires qui n'ont aucune obligation de la traduire dans le Pos. Les mises en conformité sont demandées, proposées et même "présentées" mais jamais exigées dans un bref délai.
Que nous serait-il arrivé si la Tempête toujours dans nos mémoires s'était produite à une heure de pointe ? Avez-vous été prévenu de son éminence ?
Que se passerait-il en cas d'accident avec explosion d'un camion transportant une matière explosive et toxique sur l'A13 près de la zone commerciale d'Orgeval un samedi vers 18 heures ? Aucun mur ou autre moyen de contingentement n'existe pour séparer cette autoroute des espaces commerciaux, les voies de secours seraient impraticables, l'évacuation problématique, ...
Une voie de circulation empruntée par des tiers traverse un des établissemetns classés SEVESO des Yvelines. On imagine le résultat en cas de problème et la facilité de commettre ce que l'administration appelle une "malveillance".
Finalement, la conclusion en revient aux poules : pour un stockage d'ammoniac en local fermé (ah?), une distance de 8 mètres doit être respectée par rapport aux limites de propriété. Par contre, entre un élevage de volaille et un autre de poisson, obligation est faite de les séparer d'au moins 500 mètres.
La déjà fameuse directive Seveso II - pas encore mise en application - va dans le bon sens mais la politique de prévention des accidents relèvera encore pour une large part de la responsabilité des exploitants. Est-il raisonnable de les laisser juge et partie de problèmes susceptibles d'affecter autant de personnes en zone urbaine ?